Innovation sociale

From MARKETING POUR UNE SOCIETE RESPONSABLE
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Amina BEJI BECHEUR

Innovation sociale : de quoi parle-t-on ?

L’innovation est comprise le plus souvent dans son volet technologique. Or, l’innovation peut être considérée dans une approche plus sociale quand elle contribue à améliorer les conditions de vie ou bien-être des individus.

En France, l’innovation sociale a été définie par la loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014.


Article 15 (https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000029315042)

I. - Est considéré comme relevant de l'innovation sociale le projet d'une ou de plusieurs entreprises consistant à offrir des produits ou des services présentant l'une des caractéristiques suivantes :

1° Soit répondre à des besoins sociaux non ou mal satisfaits, que ce soit dans les conditions actuelles du marché ou dans le cadre des politiques publiques ;

2° Soit répondre à des besoins sociaux par une forme innovante d'entreprise, par un processus innovant de production de biens ou de services ou encore par un mode innovant d'organisation du travail. Les procédures de consultation et d'élaboration des projets socialement innovants auxquelles sont associés les bénéficiaires concernés par ce type de projet ainsi que les modalités de financement de tels projets relèvent également de l'innovation sociale.

II. - Pour bénéficier des financements publics au titre de l'innovation sociale, le caractère innovant de son activité doit, en outre, engendrer pour cette entreprise des difficultés à en assurer le financement intégral aux conditions normales de marché. Cette condition ne s'applique pas aux financements accordés au titre de l'innovation sociale par les collectivités territoriales.

III. - Le Conseil supérieur de l'économie sociale et solidaire définit des orientations permettant d'identifier un projet ou une activité économique socialement innovant au sens du I. »


Cette reconnaissance institutionnelle est arrivée après un travail d’influence mené par les acteurs de l’économie sociale et solidaire pour faire reconnaitre la capacité d’innovation des acteurs à but lucratif limité ou non lucratif et inscrits dans une économie à visée sociale et solidaire. Ces acteurs économiques sont les associations, des coopératives, des mutuelles, des fondations, ou des entreprises à mission, des entreprises solidaires à but d’utilité sociale (ESUS) principalement.

Les principaux critères retenus pour identifier une innovation sociale


Quatre critères sont principalement retenus pour identifier une innovation sociale (cf. https://www.avise.org/entreprendre/innover) :

  • Le projet apporte-t-il une réponse à un besoin social mal satisfait ?
  • Le projet est-il expérimental et intègre-t-il une prise de risque ?
  • Le projet est-il soucieux d’impliquer les acteurs concernés ?
  • Le projet est-il générateur d’autres effets positifs ?

Quelques repères théoriques

Joseph Aloys Schumpeter a orienté très fortement le champ de recherche sur l’innovation à travers deux concepts centraux :

  • Le concept de destruction créatrice lié à l’innovation technologique
  • La figure de l’entrepreneur source d’innovation

La destruction créatrice

« L’impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprimée par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles méthodes de production et de transport, les nouveaux marchés, les nouveaux types d’organisation industrielle, tous éléments créés par l’initiative capitaliste (…) [qui] révolutionne incessamment de l’intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs. Ce processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme : c’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise capitaliste doit, bon gré mal gré, s’y adapter ». [Ignorer ce phénomène], « revient à jouer Hamlet sans faire intervenir le Prince du Danemark ». (Schumpeter, 1947). Dans cette conception des cycles économiques, les entrepreneurs sont au cœur de ce processus. Leur prise de risque pour développer et diffuser des innovations stimule le renouvellement des marchés et la croissance économique. [1]

En réaction à cette approche techno-centrée, des chercheurs défendent l’idée que les innovations ne sont pas mues uniquement par la technologie mais sont aussi le fait d’acteurs sociaux (entreprises marchandes ou non marchandes) modifiant les relations sociales et transformant les normes de comportement, les valeurs, les habitudes. La technologie peut alors constituer un support de ces innovations pour aider à leur diffusion ou appropriation par les usagers et consommateurs.

Exemple Caisse commune a été la première entreprise à développer le concept d’auto-partage d’une flotte de voitures entre des particuliers en France en avril 1999. Elle proposait par le biais d’un abonnement annuel de disposer d’une voiture à n’importe quel moment en réservant par téléphone (même pour une heure)[2] . Caisse commune a disparu, mais l’autopartage continue à exister et se développer. Citons l’entreprise Citiz qui a pu se déployer ces dernières années.


En synthèse, « l’innovation sociale est une intervention initiée par des acteurs sociaux, pour répondre à une aspiration, subvenir à un besoin, apporter une solution ou profiter d’une opportunité d’action afin de modifier des relations sociales, de transformer un cadre d’action ou de proposer de nouvelles orientations culturelles. » (Définition du CRISES - Centre de recherche sur les innovations sociales ; in Klein et al. p. 12). Lorsque l’innovation sociale aboutit à de nouveaux comportements ou normes culturelles, elle peut être considérée comme une transformation sociale voire culturelle.

Exemple Les transactions marchandes ne concernent pas uniquement l’achat de biens engendrant un transfert de propriété du vendeur à l’acheteur. Aujourd’hui, se sont développées de nombreuses activités consistant à transférer de manière temporaire le droit d’usage d’un bien via la location (logement, automobile, vêtement, sac, appareil électroménager, etc..) ou le prêt gratuit (canapé pour voyageurs de passage) ou le partage (maison, buanderie, jardin). Cette transformation du rapport à la propriété a été possible par le développement conjoint de nouvelles valeurs de consommation et de nouveaux services dont la diffusion rapide a été rendue possibles principalement par le développement des plateformes d’échange[3].

Quand elle se traduit par de nouvelles lois, l’innovation sociale est alors institutionnalisée.

On peut citer l’exemple du commerce équitable qui, issu de pratiques et projets portés par une minorité d’associations militantes, a été diffusé dans la sphère de la grande distribution puis a été reconnu comme une forme de commerce spécifique dans la loi française (article 94 de la loi du 31 juillet 2014). Et aujourd’hui, l’un des piliers du commerce équitable, le prix juste ou équitable pour les producteurs et les consommateurs est l’un des principes directeurs de politiques marketing comme par exemple celle de la marque « c’est qui le patron ».


Références

  • Klein, J., Laville, J. & Moulaert, F. (2014). L'innovation sociale. Toulouse: Érès.
  • Rapport Vercamer du 28 avril 2010 http://www.vercamer.fr/pdf/2010/04/rapport-ess-f-vercamer.pdf
  • Rapport de synthèse du CSESS de décembre 2011 https://www.avise.org/sites/default/files/atoms/files/20140204/201112_CSESS_GTIS_Synthese.pdf
  • Lois :https://www.economie.gouv.fr/ess-economie-sociale-solidaire/loi-economie-sociale-et-solidaire ; https://www.ecologie.gouv.fr/commerce-equitable
  • Özçağlar-Toulouse, N., Béji-Bécheur, A. & Murphy, P.E. Fair Trade in France: From Individual Innovators to Contemporary Networks. J Bus Ethics 90, 589–606 (2009). https://doi.org/10.1007/s10551-010-0594

Pour aller plus loin

[1]Source : Duval Guillaume (2017) « La destruction créatrice », Dossier Les (gros) mots de l’économie, Alternatives Economiques, juillet-août, page 76.

[2] https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/28942_5786_autoparis.pdf.pdf

[3]Pour approfondir : voir tableau 7 « Comparaison systémique du rapport contreculturel à la propriété, dans Dabadie, I., & Robert-Demontrond, P. (2022). Ce qu’être propriétaire peut aussi vouloir dire : une étude socio-anthropologique sur le développement d’un rapport oublié aux objets. Recherche et Applications en Marketing (French Edition), 37(1), 8–36. https://doi.org/10.1177/0767370121994151